Chiffres, taux et barèmes cités : ceux en vigueur au 6 août 2026, date de publication.
L’essentiel en quatre chiffres
- Les dépenses publiques françaises ont atteint 1 672 milliards d’euros en 2024, soit 57 % du PIB.
- Le premier poste est la protection sociale, 693 milliards, devant la santé (261) et les services généraux (181).
- Les pensions de retraite pèsent à elles seules 14,1 % du PIB, et une partie des lignes santé et enseignement finance elle aussi le grand âge.
- D’ici 2070, les dépenses de retraite passent de 14,1 % à 15,3 % du PIB pendant que les ressources reculent de 13,9 % à 12,9 %.
Chaque année, la France engage 1 672 milliards d’euros de dépenses publiques. Le chiffre est si gros qu’il ne veut plus rien dire. Ramené à quelque chose de tangible : 57 % de tout ce que le pays produit en un an passe par une administration avant de revenir dans l’économie.
Ce qui mérite un quart d’heure, ce n’est pas ce total. C’est sa répartition, et surtout ce qu’une ligne de budget peut cacher.
Dépenses publiques ou budget de l’État : savoir de quoi on parle
Deux chiffres circulent en permanence, et pourtant on les confond tout le temps.
- Le budget de l’État, celui dont on débat chaque automne au moment du projet de loi de finances. Or il ne représente même pas un tiers du total.
- La dépense publique, qui additionne l’État, la Sécurité sociale et les collectivités territoriales. C’est elle qui pèse 1 672 milliards.
C’est le second périmètre qu’il faut retenir, parce que l’essentiel de la dépense ne passe pas par le budget de l’État. Toute discussion qui mélange les deux est faussée dès la première phrase.

Le premier poste écrase tous les autres
D’après l’Insee, 693 milliards d’euros vont à la protection sociale, soit 41 % du total. C’est plus que la santé, l’enseignement, la défense et la sécurité additionnés.
Dans ces 693 milliards, le premier bloc est la vieillesse. Les pensions de retraite représentent 14,1 % du PIB en 2025, soit plus de 400 milliards d’euros par an. Pour donner l’échelle : près de trois fois le budget de l’enseignement, et plus de sept fois celui de la défense.
Un autre chiffre mérite d’être lu à côté. La charge de la dette a atteint 60 milliards d’euros en 2024, en hausse de 13,8 % en un an. Elle dépasse désormais le budget de la défense. Et surtout, c’est le seul poste qui grossit sans qu’aucune décision ne soit prise.
La santé, c’est en grande partie une dépense d’âge
261 milliards pour la santé. On lit cette ligne comme si elle se répartissait uniformément sur 68 millions de personnes. Elle ne s’y répartit pas du tout.

D’après les annexes d’évaluation du PLFSS, en soins de ville, la dépense moyenne remboursée par assuré s’établissait à 1 468 euros en 2023. Elle est de 594 euros entre 2 et 16 ans. Entre 60 et 74 ans, elle monte à 2 320 euros. Après 85 ans, elle atteint 4 798 euros, soit huit fois le niveau d’un enfant.
Cette pente n’a rien d’anormal, on se soigne davantage en vieillissant. Mais elle change la lecture du budget : une part substantielle des 261 milliards de dépense de santé est, en réalité, une dépense liée au grand âge.
L’enseignement aussi finance des retraites
Celui-là est nettement moins connu, et c’est le plus instructif.
Depuis 2006, les pensions des fonctionnaires de l’État sont financées par un compte d’affectation spéciale, le CAS Pensions. Pour l’équilibrer, l’État s’impute à lui-même une contribution employeur sur les salaires de ses agents. Le taux n’a rien à voir avec une cotisation ordinaire : 74,28 % en 2024, 78,28 % au 1er janvier 2025, 82,28 % au 1er janvier 2026.
Conséquence directe : quand vous lisez « 149 milliards pour l’enseignement », une partie de la somme ne paie pas des professeurs en activité. Elle paie des pensions. L’Institut des politiques publiques a chiffré à 10,6 milliards d’euros la surévaluation du budget du ministère de l’Éducation nationale pour la seule année 2023. Corrigée d’un taux de cotisation normal, la fonction enseignement tomberait à 128,6 milliards, soit 4,6 % du PIB au lieu de 5,1 %, très exactement le niveau allemand.
Pourquoi ce taux est-il si élevé ? Parce que le régime des fonctionnaires de l’État comptait 1,29 cotisant par retraité en 2020, contre 2,05 tous régimes confondus. Il n’y a plus assez d’actifs pour payer les pensions, alors on gonfle la contribution de l’employeur. Et cet employeur, c’est le ministère.
Mettez les trois constats bout à bout
Rien de militant là-dedans. Simplement une addition : le premier poste des dépenses publiques françaises, c’est l’âge. Pas seulement dans la ligne « retraites », mais aussi dans une part de la ligne « santé » et dans une part de la ligne « enseignement ».
Ce n’est pas un scandale, mais le résultat mécanique d’une pyramide des âges et d’un système par répartition, dans lequel les actifs d’aujourd’hui paient les pensions d’aujourd’hui. Tant que le rapport entre les deux tient, le système tient.
Le problème n’est pas la dépense, ce sont les ressources
C’est ici que le rapport du Conseil d’orientation des retraites de juin 2026 devient intéressant, et il n’a pas été lu comme il aurait dû l’être.

Regardez les deux courbes. Les dépenses de retraite passent de 14,1 % du PIB en 2025 à 15,3 % en 2070. C’est une hausse, mais modérée, et pratiquement nulle jusqu’en 2045. Les ressources, elles, reculent : 13,9 % du PIB aujourd’hui, 13,3 % en 2045, 12,9 % en 2070.
Le déficit du système atteindrait ainsi 2,4 % du PIB en 2070. Le COR projetait 1,4 % un an plus tôt : c’est la plus forte révision annuelle depuis sa création en 2000.
Ce qui a changé n’est pas une décision politique, c’est une hypothèse démographique. Le conseil retient désormais une fécondité de 1,45 enfant par femme à partir de 2028, contre 1,8 auparavant. Moins de naissances aujourd’hui, donc moins de cotisants demain.
Le rapport démographique le dit plus simplement encore : 2,1 cotisants par retraité en 2002, 1,8 en 2025, 1,3 attendu en 2070.
Ce que ça veut dire pour vous
Un régime par répartition dont les ressources décrochent dispose de trois leviers, et de trois seulement : augmenter les cotisations, reculer l’âge de départ, ou baisser le niveau relatif des pensions. Il n’y en a pas de quatrième.
Aucun des trois ne joue en votre faveur. Les deux premiers pèsent sur votre revenu d’activité. Le troisième pèse sur votre revenu de retraite.
Il ne s’agit pas de parier contre le système. Les quelque 400 milliards de pensions versées chaque année ne vont pas s’évaporer, et la répartition restera le socle. Il s’agit de constater que ce socle est calibré sur un rapport démographique qui n’existe déjà plus, et d’en tirer une conséquence simple : la part de votre retraite que vous constituez vous-même va mécaniquement prendre de l’importance.
Trois réflexes, dans cet ordre
- Regarder ce que vous toucherez vraiment. Votre relevé de carrière et une estimation à taux plein donnent un ordre de grandeur. Il est souvent inférieur à ce que les gens imaginent, en particulier chez les indépendants et les dirigeants.
- Mesurer l’écart. Entre ce revenu projeté et votre train de vie actuel, il y a un chiffre. C’est celui-là qu’il faut financer, pas un objectif abstrait.
- Étaler dans le temps. La seule variable que vous maîtrisez complètement, c’est la durée. Un effort modeste engagé tôt fait davantage qu’un effort important engagé tard.
À retenir : les dépenses publiques françaises ne sont ni absurdes ni gaspillées, elles sont vieillissantes, parce que le pays l’est. Le débat porte sur leur montant, rarement sur leur structure. C’est pourtant la structure qui vous concerne, parce qu’elle dit ce que vous pouvez raisonnablement attendre du système, et ce qu’il vous revient de construire à côté.
Vous voulez savoir où vous en êtes vraiment, chiffres en main plutôt qu’en moyenne nationale ? Lors d’un premier échange, je regarde vos droits acquis, l’écart à combler et l’ordre dans lequel le combler.
Sources : Insee Première n° 2093, dépenses publiques par fonction en 2024 ; Conseil d’orientation des retraites, rapport annuel de juin 2026 ; annexes d’évaluation du PLFSS ; Institut des politiques publiques. Cet article a une vocation informative et ne constitue ni une recommandation personnalisée, ni un conseil en investissement. Tout placement comporte un risque de perte en capital.
Questions fréquentes
Combien la France dépense-t-elle d’argent public par an ?
1 672 milliards d’euros en 2024, soit 57 % du produit intérieur brut, selon l’Insee. Ce montant regroupe l’État, la Sécurité sociale et les collectivités territoriales. Le seul budget de l’État en représente moins d’un tiers.
Quel est le premier poste de dépense publique en France ?
La protection sociale, avec 693 milliards d’euros en 2024, soit 41 % de la dépense publique totale. Elle pèse plus que la santé, l’enseignement, la défense et la sécurité réunis. Son premier bloc est la vieillesse.
Combien coûtent les retraites en France ?
Les pensions de retraite représentent 14,1 % du PIB en 2025 selon le Conseil d’orientation des retraites, soit plus de 400 milliards d’euros par an. C’est près de trois fois le budget de l’enseignement et plus de sept fois celui de la défense.
Le système de retraite par répartition est-il viable ?
Le COR projette un déficit de 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % projeté un an plus tôt. La dégradation ne vient pas d’une explosion des dépenses, qui passent de 14,1 % à 15,3 % du PIB, mais du recul des ressources, de 13,9 % à 12,9 %, sous l’effet d’une hypothèse de fécondité abaissée de 1,8 à 1,45 enfant par femme.
Pourquoi le budget de l’Éducation nationale finance-t-il des retraites ?
Parce que les pensions des fonctionnaires de l’État transitent par le CAS Pensions, alimenté par une contribution employeur imputée aux ministères, portée à 82,28 % des traitements au 1er janvier 2026. L’Institut des politiques publiques chiffre à 10,6 milliards d’euros la surévaluation du budget du ministère qui en résulte pour la seule année 2023.