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Préparer sa retraite

Préparer sa retraite : combien il vous manque, vraiment

La bonne question n'est pas « quel produit pour ma retraite », c'est « combien il me manquera par mois, et à partir de quand ». Le produit vient après, et découle du chiffre.

Taux de remplacement PER Capital nécessaire Arbitrage fiscal

Le vrai sujet

Presque personne ne sait
ce qu'il touchera.

La plupart des gens qui viennent me voir pour « préparer leur retraite » ont déjà un produit en tête, souvent un PER ouvert dans leur banque. Presque aucun ne sait à combien s'élèvera sa pension, ni quel écart il devra combler. C'est pourtant le seul chiffre qui permette de décider quoi que ce soit : sans lui, on choisit un produit au hasard et on verse un montant au hasard.

L'ordre logique est l'inverse de celui qui est habituellement suivi. D'abord estimer la pension future à partir de la carrière réelle. Ensuite définir le niveau de vie souhaité, qui n'est pas nécessairement le revenu actuel : le crédit immobilier est souvent remboursé, les enfants partis, mais la santé coûte plus cher et le temps libre aussi. Puis en déduire le capital nécessaire. Le choix de l'enveloppe ne vient qu'en quatrième position, et il dépend surtout de votre tranche d'imposition.

Le relevé de carrière fourni par l'assurance retraite donne la matière première, mais il ne projette rien : il constate le passé. Le travail consiste à le prolonger jusqu'à l'âge de départ visé, puis à confronter le résultat à vos dépenses réelles pour en tirer le seul chiffre qui compte, votre taux de remplacement.

Le taux de remplacement

Ce qu'il vous restera,
en pourcentage.

Ces chiffres sont des taux nets, tirés du tableau 3.3 du rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites de juin 2025, pour la génération 1963 partant à l'âge d'ouverture des droits, dans le scénario de référence. Ce sont des cas types : le vôtre se calcule sur votre carrière réelle.

75,2 % Cas type de salarié non cadre du privé, dont le salaire de fin de carrière vaut 0,74 fois le revenu moyen. La perte existe, mais elle reste absorbable. COR 2025 · cas type n° 2
51,5 % Cas type de salarié cadre du privé, salaire de fin de carrière à 2,51 fois le revenu moyen. À revenu élevé, la retraite laisse à peine la moitié. COR 2025 · cas type n° 1
66,7 % Même profil non cadre, mais avec des périodes de chômage dans la carrière. Une carrière heurtée coûte près de 9 points. COR 2025 · cas type n° 3
En baisse Le taux de remplacement diminue de génération en génération, pour les salariés du privé comme pour les fonctionnaires. COR 2025 · figures 3.3 et 3.4

Le Conseil d'orientation des retraites le formule sans détour : les taux de remplacement sont « d'autant plus faibles que les rémunérations sont élevées ». Autrement dit, mieux votre carrière a marché, plus la chute est marquée au moment de partir. C'est l'inverse de l'intuition, et c'est ce qui rend la préparation d'autant plus nécessaire que l'on gagne bien sa vie.

La méthode

Quatre étapes
avant de parler produit.

Ce déroulé est celui de l'audit patrimonial appliqué à la question de la retraite. Il produit un chiffre, pas une brochure.

01

Estimer la pension future

À partir du relevé de carrière, du statut (salarié, travailleur non salarié, profession libérale) et de l'âge de départ visé. L'objectif de cette étape est un seul chiffre : votre taux de remplacement, c'est-à-dire ce qu'il vous restera par rapport à aujourd'hui.

02

Définir le niveau de vie visé

Pas le revenu actuel par réflexe. On part de vos dépenses réelles, en retirant ce qui aura disparu (crédit, épargne de constitution, frais professionnels) et en ajoutant ce qui apparaîtra.

03

Mesurer l'écart et le capital nécessaire

L'écart mensuel se convertit en capital par le taux de conversion viager. Un manque de 500 euros par mois représente de l'ordre de 130 000 euros de capital à constituer, hors revalorisation.

04

Choisir l'enveloppe, en dernier

Le PER n'est intéressant que si votre tranche d'imposition baisse à la retraite. Sinon l'assurance-vie, plus souple et disponible avant, fait souvent mieux. C'est un calcul, pas une préférence.

Aucune de ces étapes ne suppose de souscrire quoi que ce soit. Beaucoup de situations se règlent en réorientant l'épargne existante plutôt qu'en ouvrant un contrat de plus.

L'arbitrage

PER ou assurance-vie :
le calcul, pas l'opinion.

La question n'est pas de savoir lequel est meilleur dans l'absolu, mais lequel est meilleur pour vous. La réponse tient à deux variables : votre tranche d'imposition aujourd'hui, et celle que vous aurez à la retraite.

PERAssurance-vie
Déduction à l'entréeOui. Elle porte sur 10 % de vos revenus professionnels de l'année précédente, entre un minimum et un maximum tous deux exprimés en plafonds annuels de la Sécurité sociale.Non.
Disponibilité avant la retraiteBloqué, sauf achat de la résidence principale et accidents de la vie.Disponible à tout moment, sans justification.
Fiscalité à la sortieCapital imposé au barème pour les versements déduits, gains au prélèvement forfaitaire. La déduction n'est pas un cadeau : c'est un report. Sur un capital important sorti d'un coup, la note peut être lourde.Abattement annuel après 8 ans, puis prélèvement réduit sur les gains.
Intérêt réelD'autant plus fort que la tranche d'imposition est élevée aujourd'hui et faible à la retraite. À vérifier aussi au regard des frais du contrat, très variables d'un PER à l'autre.Meilleure si la tranche ne baisse pas, ou si la disponibilité compte.
TransmissionRégime propre, déterminé par l'âge au décès et non par l'âge des versements. Moins favorable que l'assurance-vie dans la plupart des cas, sauf en cas de décès prématuré pendant la phase d'épargne : la déduction obtenue à l'entrée reste alors définitivement acquise, sans jamais être réimposée. Dans ce scénario, le PER devient plus intéressant que l'assurance-vie.Régimes des articles 990 I et 757 B, déterminés par l'âge au moment des versements.

Exemple illustratif du mécanisme, pas une recommandation : pour un contribuable à 30 % aujourd'hui et 11 % à la retraite, la déduction du PER a une valeur réelle. Pour un contribuable à 11 % dans les deux cas, elle n'en a presque aucune, et le blocage des fonds devient un coût sans contrepartie.

Ce que je vois souvent

Trois erreurs
de bonne foi.

Ouvrir un PER sans regarder sa tranche

C'est le réflexe le plus répandu, parce que la déduction est visible immédiatement et flatte le sentiment d'avoir optimisé. Mais la déduction n'efface pas l'impôt, elle le décale. Si votre tranche ne baisse pas à la retraite, vous avez bloqué votre épargne pendant vingt ans pour un gain proche de zéro.

Confondre le capital et la rente

Un capital de 100 000 euros ne produit pas 100 000 euros de retraite. Converti en rente viagère vers 65 ans, il représente de l'ordre de 4 500 euros par an, soit moins de 400 euros par mois. C'est le calcul qui manque le plus souvent, et celui qui change la perception de l'effort à fournir. Il faut y ajouter une conséquence rarement énoncée au moment de signer : opter pour la rente, c'est aliéner le capital. Il ne vous appartient plus, et vos héritiers ne recevront rien de ce qui reste, sauf option de réversion souscrite d'avance et payée par une rente plus faible. Le choix entre capital et rente n'est donc pas une modalité technique, c'est une décision patrimoniale majeure.

Compter sur la revente de la résidence principale

Elle constitue un patrimoine, pas un revenu, tant qu'on l'habite. La vendre suppose de se reloger, donc de retrouver un loyer. Elle peut servir de variable d'ajustement tardive, rarement de plan de financement de la retraite.

Questions fréquentes

Les réponses,
en clair.

À quel âge faut-il commencer à préparer sa retraite ?

Le plus tôt possible, non par sagesse mais par arithmétique : l'effort mensuel nécessaire pour atteindre un capital donné décroît fortement avec la durée. Cela dit, commencer tard ne rend rien inutile. À dix ans du départ, la question devient surtout fiscale, la déduction jouant à plein sur les dernières années de forte imposition.

Le PER est-il vraiment intéressant ?

Cela dépend d'abord de deux chiffres : votre tranche marginale d'imposition aujourd'hui et celle que vous aurez à la retraite. La déduction à l'entrée est un report d'imposition, pas une exonération. Elle a de la valeur si votre tranche baisse, beaucoup moins sinon : pour une tranche à 11 % dans les deux cas, le blocage des fonds coûte plus qu'il ne rapporte. Mais la réponse dépend aussi du PER lui-même. Un contrat trop chargé en frais peut effacer l'avantage fiscal en quelques années. Et si vous ne pouvez sortir qu'en capital, une sortie en une seule fois peut faire bondir votre imposition l'année concernée, au point de reprendre une bonne part de ce que la déduction avait donné. Un bon PER est autant une question de contrat et de calendrier de sortie que de principe fiscal.

Qu'est-ce que le taux de remplacement ?

C'est la part de votre dernier revenu d'activité que votre retraite vous laisse, exprimée en pourcentage. C'est le seul chiffre qui permette de mesurer l'effort à fournir. Sa particularité surprend souvent : il baisse à mesure que le revenu d'activité augmente. Le rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites de juin 2025 chiffre ainsi, pour la génération 1963 et en net, un taux de remplacement de 75,2 % pour son cas type de salarié non cadre du privé, contre 51,5 % pour son cas type de cadre. Une carrière comportant des périodes de chômage fait tomber le premier à 66,7 %. Autrement dit, mieux la carrière a marché, plus la chute est marquée.

Combien faut-il épargner par mois ?

Cela découle de l'écart à combler, pas d'un pourcentage type. La méthode consiste à convertir le manque mensuel en capital, puis le capital en effort mensuel sur la durée qui reste. Un manque de 500 euros par mois représente environ 130 000 euros de capital, hors revalorisation, ce qui donne un effort très différent selon qu'il reste dix ou vingt-cinq ans.

Faut-il sortir en capital ou en rente ?

À titre personnel, je penche nettement pour le capital, et je le dis d'autant plus volontiers que le conseil inverse est souvent donné par réflexe. La rente a un vrai mérite, celui de sécuriser un revenu jusqu'au bout, quelle que soit la durée de la vie. Mais elle a une contrepartie que l'on mesure rarement au moment de signer : le capital ne vous appartient plus. Ce qui reste au décès est perdu pour vos héritiers, sauf réversion prévue d'avance et payée par une rente plus faible. La sortie en capital garde la main, la souplesse et la transmission, en échange de quoi il faut piloter ses retraits et accepter de porter le risque de longévité. Une formule mixte, une petite part en rente pour couvrir les dépenses incompressibles et le reste en capital, reste possible et se discute. Ce qui compte est que ce choix soit fait en connaissance de cause : il est irréversible.

Une simulation en rendez-vous, ça donne quoi ?

Un ordre de grandeur documenté, pas un engagement. La projection suppose une carrière complète au revenu actuel et des paramètres de régime constants, ce qui ne se vérifie jamais exactement. Elle sert à savoir si l'écart se compte en centaines ou en milliers d'euros par mois, ce qui suffit à décider de l'effort à engager.

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