Chiffres, taux et barèmes cités : ceux en vigueur au 8 septembre 2026, date de publication.
L’essentiel en trois points
- Pour 100 000 € de bénéfice avant rémunération, le dirigeant garde 56 800 € en gérant TNS tout en rémunération, 48 400 € en président de SAS tout en salaire, 54 400 € en dividendes à 100% en SAS. Pourtant, ces trois chiffres n’achètent pas les mêmes droits.
- En effet, les dividendes de SAS ne financent ni retraite, ni indemnités journalières, ni prévoyance ; ceux de SARL, cotisés au-delà de 10 % du capital, ouvrent des droits, mais au prix fort (enfin, au début). Le salaire de SAS coûte le plus cher mais couvre le mieux ; la rémunération TNS reste donc l’équilibre le moins coûteux.
- Enfin, laisser l’argent dans la société n’est pas une exonération mais un report : la société paie l’impôt sur les sociétés aussitôt, le prélèvement forfaitaire unique attend la sortie. L’avantage fiscal reste modeste à 5 % sur dix ans, et il disparaît même en EURL, où la trésorerie ressort en rémunération cotisée ; mais il grandit vite avec le rendement et la durée, et surtout la trésorerie capitalisée prépare une transmission qu’une rémunération ne prépare pas.
Chaque année, votre expert-comptable vous pose donc la question : combien de rémunération, combien de dividendes ? Et chaque année, la réponse tombe en dix minutes, sur un coin de table, avec le seul critère qui saute aux yeux : ce qui reste sur le compte.
Pourtant, ce choix engage bien plus que le net de l’année. En effet, il fixe vos droits à la retraite, ce que vous toucherez en arrêt maladie, ce que votre famille recevrait en cas de décès, et ce que vaudra votre société le jour où vous la vendrez. Voici donc les quatre voies possibles, chiffrées avec les barèmes 2026, pour un même bénéfice avant rémunération.
Quatre façons de sortir le même bénéfice
Le point de départ ne change pas : un bénéfice avant rémunération du dirigeant, c’est-à-dire ce qui reste après les charges d’exploitation et avant tout versement au dirigeant. Ensuite, quatre chemins.
- La rémunération du gérant majoritaire (SARL, EURL), d’abord : régime des travailleurs non salariés, cotisations de l’ordre de 26 à 32 % de la rémunération brute selon le niveau, imposition comme un salaire avec la déduction de 10 %. Le détail figure plus bas, car ce taux est la source de la confusion la plus répandue chez les dirigeants.
- Le salaire du président de SAS, ensuite : assimilé salarié, cotisations patronales et salariales du régime général, sans assurance chômage, fiche de paie classique.
- Les dividendes : le bénéfice paie d’abord l’impôt sur les sociétés, puis la société distribue le reste, qui supporte le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, ou s’ajoute au barème de l’IR ; en SARL, la part qui dépasse 10 % du capital supporte en plus les cotisations TNS.
- La trésorerie gardée, enfin : le bénéfice paie l’impôt sur les sociétés, et le solde reste dans la société, placé en son nom, en attendant une sortie ultérieure.
Les hypothèses du calcul
Tous les chiffres qui suivent sont des ordres de grandeur 2026, calculés avec le simulateur que j’utilise en rendez-vous : plafond de la Sécurité sociale à 48 060 €, barème de l’impôt sur le revenu de la loi de finances 2026, impôt sur les sociétés à 15 % jusqu’à 42 500 € puis 25 %, prélèvement forfaitaire unique, ou PFU, à 31,4 % (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux, après la hausse de CSG votée pour 2026). Par ailleurs, le dirigeant est célibataire, sans autre revenu ni enfant, non cadre, hors convention collective particulière ; la société est une PME éligible au taux réduit ; le capital de la SARL est de 1 000 €. Autrement dit, votre situation donnera d’autres chiffres, à chaque situation sa simulation.
100 000 € de bénéfice : ce qu’il reste, et ce que ça achète
Voici d’abord le cas central. Le bénéfice avant rémunération atteint 100 000 €, et le dirigeant le sort intégralement par une seule voie.
| Voie | Sortie de la société | Cotisations et IS | Impôt sur le revenu | Net dans la poche | Pension annuelle acquise | IJ maladie maximum |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Gérant TNS, tout en rémunération | 100 000 € | 30 900 € | 12 350 € | 56 800 € | 950 € | 65,84 € par jour |
| Président de SAS, tout en salaire | 100 000 €brut 72 600 € | 42 400 € | 9 200 € | 48 400 € | 1 070 € | 42,97 € par jour |
| SAS, tout en dividendes | 79 250 € après IS | 20 750 € d’IS, puis 24 900 € de PFU | compris dans le PFU | 54 400 € | 0 € | 0 € |
| SARL, tout en dividendes | 79 250 € après IS | 20 750 € d’IS, 23 100 € de cotisations TNS, 1 700 € de cotisations minimales | 10 200 € | 44 200 € | 860 € | 65,84 € par jour au mieux |
Notes de lecture du tableau
D’abord, la « pension annuelle acquise » désigne les droits à pension future que génère cette seule année de cotisation, régime de base plus complémentaire, en supposant une carrière complète de 43 ans, soit 1,163 % du revenu plafonné par année cotisée pour le régime de base.
Ensuite, les indemnités journalières sont les maximums de l’Assurance maladie en 2026, soit 1/730e du revenu plafonné au PASS pour un indépendant, et 50 % du salaire journalier plafonné à 1,4 SMIC pour un salarié.
Enfin, ces montants n’intègrent pas la cotisation subsidiaire maladie, dite taxe PUMa : un dirigeant dont les revenus d’activité restent sous 9 612 € la doit au taux de 6,5 % sur la part de ses revenus du capital qui dépasse 24 030 €, soit environ 3 600 € sur la ligne « SAS, tout en dividendes », qui tombe alors à 50 800 €. Le gérant de SARL, dont les dividendes au-delà de 10 % entrent déjà dans l’assiette de ses cotisations d’activité, n’est en principe pas concerné.
Trois enseignements
Trois enseignements sautent aux yeux. D’abord, la rémunération TNS est la voie la moins coûteuse pour sortir de l’argent tout en cotisant : 56 800 € nets, contre 48 400 € en salaire de SAS pour le même décaissement. Ensuite, les dividendes de SAS semblent faire presque jeu égal avec la rémunération TNS, à 2 400 € près, mais sans aucun droit derrière ; et une fois la taxe PUMa ajoutée, l’écart réel monte à près de 6 000 €. Enfin, les dividendes de SARL sont la pire des quatre voies, non parce qu’ils ne donneraient aucun droit, mais parce que le même euro paie deux fois : l’impôt sur les sociétés d’abord, les cotisations TNS ensuite. À 100 000 € de bénéfice, cette voie achète 860 € de pension annuelle, soit à peine moins que le tout-rémunération, pour 12 600 € de net en moins.
Le salaire de SAS, cher mais couvert
Un mot sur le salaire de SAS, que l’on présente souvent comme « le plus cher ». C’est vrai, car il supporte 42 400 € de cotisations sur 100 000 € décaissés. Mais il génère aussi, seul, une pension complémentaire Agirc-Arrco, une prévoyance invalidité-décès du régime général et une retraite acquise supérieure à celle du TNS. Autrement dit, le surcoût de 8 400 € par rapport au gérant TNS achète quelque chose ; la question est plutôt de savoir si vous en avez besoin, ou si une prévoyance privée fait mieux pour moins cher.
Les cotisations du gérant TNS, ligne par ligne
Une phrase revient dans toutes les conversations de dirigeants : « le TNS, c’est 45 % de charges ». Or ce chiffre est faux, ou plutôt il désigne autre chose que ce que l’on croit. En effet, un même montant de cotisations se rapporte à trois bases différentes, et le taux change du simple au tiers selon celle que l’on retient. Voici donc le calcul complet, étape par étape, sur la rémunération de 100 000 € du tableau précédent.
Étape 1 : l’assiette n’est pas la rémunération
D’abord, les cotisations ne portent pas sur la rémunération brute. Depuis la réforme de l’assiette sociale des indépendants, elles s’appliquent à une assiette unique, obtenue en retranchant un abattement de 26 %. Cet abattement est encadré par deux bornes : il ne peut descendre sous 845,86 € ni dépasser 62 478 € en 2026. Pour 100 000 € de rémunération brute, l’assiette tombe donc à 74 000 €. Autrement dit, un quart de la rémunération sort du calcul avant même qu’on applique le moindre taux.
Étape 2 : dix cotisations, chacune avec sa règle
Ensuite, on applique à cette assiette une série de cotisations qui n’obéissent pas à la même logique. Certaines sont proportionnelles, d’autres s’arrêtent au plafond de la Sécurité sociale, d’autres encore montent progressivement avec le revenu. Voici le détail réel.
| Cotisation | Règle 2026 | Sur 74 000 € d’assiette |
|---|---|---|
| Maladie-maternité | taux progressif de 0 à 8,5 %, ici 7,09 % | 5 244 € |
| Indemnités journalières | 0,50 % jusqu’à 5 PASS | 370 € |
| Retraite de base | 17,87 % sous 1 PASS (soit 48 060 € en 2026), puis 0,72 % au-delà | 8 775 € |
| Retraite complémentaire | 8,10 % sous 1 PASS, puis 9,10 % jusqu’à 4 PASS | 6 254 € |
| Invalidité-décès | 1,30 % dans la limite de 1 PASS | 625 € |
| Allocations familiales | 0 %, puis progressif jusqu’à 3,10 % au-delà de 1,4 PASS | 2 294 € |
| CSG déductible | 6,80 % | 5 032 € |
| CSG non déductible | 2,40 % | 1 776 € |
| CRDS | 0,50 % | 370 € |
| Formation professionnelle | 0,25 % de 1 PASS, forfaitaire | 120 € |
| Total | 30 859 € |
Deux lignes méritent qu’on s’y arrête. La retraite, d’une part, représente à elle seule 15 029 €, soit près de la moitié du total : ce n’est pas une charge, c’est de l’épargne obligatoire, et c’est précisément ce que les dividendes n’achètent pas. La CSG-CRDS, d’autre part, pèse 7 178 € et n’ouvre aucun droit : c’est le seul vrai impôt du lot.
Étape 3 : le même montant, trois taux différents
Arrive enfin la source de toutes les confusions. Ces 30 859 € peuvent en effet s’exprimer de trois façons parfaitement exactes : 41,7 % de l’assiette de 74 000 €, 30,9 % de la rémunération brute de 100 000 €, ou 44,6 % de la rémunération nette de 69 141 €. Le fameux « 45 % » est donc le troisième, celui qui rapporte les cotisations à ce qui reste après les avoir payées. Il n’est pas faux, mais il ne se compare à rien, et surtout pas au coût d’un salarié, que l’on exprime toujours en pourcentage du brut.
| Rémunération brute | Assiette | Cotisations | En % du brut | En % du net |
|---|---|---|---|---|
| 30 000 € | 22 200 € | 8 943 € | 29,8 % | 42,5 % |
| 50 000 € | 37 000 € | 15 778 € | 31,6 % | 46,1 % |
| 100 000 € | 74 000 € | 30 859 € | 30,9 % | 44,6 % |
| 200 000 € | 148 000 € | 55 228 € | 27,6 % | 38,1 % |
| 300 000 € | 237 522 € | 77 624 € | 25,9 % | 34,9 % |
Le taux qui redescend avec le revenu
Retenez surtout la quatrième colonne, la seule qui se compare vraiment. Le taux réel plafonne autour de 32 % vers 50 000 €, puis redescend à mesure que la rémunération monte, parce que la retraite de base, l’invalidité-décès et une partie de la retraite complémentaire s’arrêtent au plafond de la Sécurité sociale. À 300 000 €, un gérant TNS paie ainsi 25,9 % de cotisations, quand un président de SAS en paie plus du double sur la même somme. Voilà, en un chiffre, pourquoi le statut TNS gagne toutes les lignes du tableau précédent.
À 50 000 € et à 200 000 €, les écarts changent de sens
Le même calcul à deux autres niveaux montre en effet que la bonne réponse dépend du montant. Voici donc le net dans la poche, et entre parenthèses la pension annuelle acquise.
| Voie | 50 000 € de bénéfice | 100 000 € | 200 000 € |
|---|---|---|---|
| Gérant TNS, tout en rémunération | 31 600 €750 € | 56 800 €950 € | 105 800 €1 360 € |
| Président de SAS, tout en salaire | 27 100 €580 € | 48 400 €1 070 € | 87 700 €1 950 € |
| SAS, tout en dividendes | 28 600 €0 € | 54 400 €0 € | 105 800 €0 € |
| SARL, tout en dividendes | 23 400 €640 € | 44 200 €860 € | 90 500 €1 170 € |
| Mix optimal en SARL (rémunération puis dividendes) | 31 600 €100 % rémunération | 58 300 €60 % rémunération | 112 500 €70 % rémunération |
| Mix optimal en SAS | 29 100 €20 % salaire | 55 700 €50 % salaire | 107 200 €20 % salaire |
La bonne réponse dépend du montant
À 50 000 €, tout en rémunération TNS l’emporte nettement : les cotisations sont progressives et l’impôt sur le revenu encore faible, si bien que les dividendes n’ont aucun intérêt. À 200 000 €, en revanche, les dividendes de SAS rejoignent la rémunération TNS, à quelques euros près, parce que la tranche marginale à 41 % rattrape ce que le PFU épargne. Et le mix devient payant : 70 % de rémunération et 30 % de dividendes en SARL donnent 112 500 €, soit 6 700 € de plus que le tout-rémunération.
Le prix caché du mix
Retenez surtout la ligne des droits. Ainsi, le mix qui optimise le net en SAS tombe à 20 % de salaire à 200 000 €, et la pension acquise s’effondre avec lui, de 1 950 € à 470 € par an. Autrement dit, optimiser le net de l’année, c’est souvent désoptimiser la retraite. Ce n’est pas une raison pour ne pas le faire ; c’est plutôt une raison pour le savoir, et pour compenser ailleurs, par un PER ou un contrat de prévoyance, ce que la voie choisie ne finance plus.
Laisser l’argent dans la société : un report, pas un cadeau
Quatrième voie : ne rien sortir, ou presque, et faire travailler la trésorerie dans la société. L’argument est simple. Sur 100 000 € de bénéfice, la société paie d’abord 20 750 € d’impôt et garde 79 250 €. Si vous les distribuiez, le PFU en prendrait ensuite 24 900 € et il vous resterait 54 400 €. En les gardant, ce sont donc 79 250 € qui travaillent au lieu de 54 400 €. Sur le papier, c’est imparable.
Le calcul complet sur dix ans
Sauf que le PFU n’a pas disparu, il attend. Car le jour où vous sortez l’argent, en dividendes, il s’applique au capital et aux gains accumulés. Et entre-temps, les gains que la société réalise supportent l’impôt sur les sociétés. Sur un contrat de capitalisation, la société est imposée chaque année sur un rendement forfaitaire, puis régularisée au rachat sur le gain réel : l’impôt tombe par petites tranches, et une société qui n’a plus que ses placements comme résultat reste sous le seuil des 42 500 €, donc à 15 %.
Faisons donc le calcul complet, sur dix ans, avec un placement à 5 % par an sur un contrat de capitalisation. Et ajoutons le cas du gérant d’EURL, dont les dividendes au-delà de 10 % du capital sont cotisés : sa voie naturelle est la rémunération TNS, aujourd’hui comme à la sortie, et c’est elle qui est retenue dans les deux colonnes EURL. Cette rémunération supporte les cotisations et l’impôt sur le revenu comme au premier tableau ; versée en une fois à la sortie, elle crée en outre un déficit que la société, sans autre résultat, ne récupère pas.
Quatre colonnes, deux formes de société
| SAS : trésorerie gardée dans la société | SAS : dividendes distribués puis placés à titre personnel | EURL : trésorerie gardée dans la société | EURL : rémunération TNS puis placée à titre personnel | |
|---|---|---|---|---|
| Point de départ | 79 250 € après IS | 54 400 € après IS et PFU | 79 250 € après IS | 56 800 € après cotisations TNS et impôt sur le revenu |
| Capital après dix ans à 5 % | 129 100 € | 88 600 € | 129 100 € | 92 500 € |
| Impôt sur les gains | IS de 15 % sur 49 800 € de gains : 7 500 € | PFU de 31,4 % sur 34 200 € de gains : 10 700 € | IS de 15 % sur 49 800 € de gains : 7 500 € | PFU de 31,4 % sur 35 700 € de gains : 11 200 € |
| Sortie finale | PFU de 31,4 % sur la distribution | aucune, déjà payée | rémunération TNS de 121 600 € : 36 100 € de cotisations et 16 900 € d’impôt sur le revenu | aucune, déjà payée |
| Net final pour le dirigeant | 83 400 € | 77 800 € | 68 600 € | 81 300 € |
Ce que dit le tableau
Résultat : 5 600 € de mieux sur dix ans en SAS, pour 100 000 € de bénéfice initial. C’est bien loin des 25 000 € d’écart apparent du point de départ. Ce chiffre est pourtant le plus défavorable de tous, car il retient l’hypothèse la plus timide. En effet, l’avantage se nourrit du rendement et de la durée, et il grossit vite dès qu’on relâche l’un ou l’autre.
En EURL, le signe s’inverse : la trésorerie gardée perd 12 700 € face à la rémunération versée tout de suite et placée à titre personnel. La raison est simple. La rémunération immédiate n’a jamais payé l’impôt sur les sociétés, alors que la trésorerie gardée l’a payé à l’entrée, 20 750 €, puis sur ses gains, avant de supporter à la sortie les mêmes cotisations, 36 100 €, et 16 900 € d’impôt sur le revenu sur 121 600 € versés en une fois. Ces cotisations de sortie achètent certes environ 1 040 € de pension annuelle, mais la rémunération de départ en achetait déjà 950 €, avec les indemnités journalières en plus.
Pour un gérant d’EURL, garder la trésorerie n’a donc de sens que si elle ne ressort pas en rémunération : c’est l’objet de la partie « la destination », plus bas. Et le rendement ne le sauve pas, au contraire : une sortie plus grosse monte dans le barème et le retard se creuse, jusqu’à 39 100 € à 8 % sur vingt ans.
Ce que change le rendement, et la durée
| Rendement annuel | Sur dix ans | Sur vingt ans |
|---|---|---|
| 5 % | + 5 600 € | + 14 700 € |
| 6 % | + 7 100 € | + 19 700 € |
| 8 % | + 10 300 € | + 32 600 € |
Autrement dit, la conclusion dépend entièrement de ce que l’on met dans les hypothèses. À 8 % sur vingt ans, l’écart atteint 32 600 €, soit un tiers du bénéfice de départ. Le report d’imposition n’est donc pas un gadget : c’est un effet de base, la société faisant travailler 79 250 € là où vous n’en placeriez que 54 400 €, et vingt ans de capitalisation transforment cette avance de 25 000 € en quelque chose de considérable.
La vraie question n’est pas l’écart, c’est la destination
Surtout, ce calcul compare deux façons de détenir le même argent en supposant qu’il finira dans votre poche. Or c’est rarement le projet. Une trésorerie capitalisée dans la société sert en effet des choses qu’une rémunération ne servira jamais.
- Elle produit des revenus récurrents. La société place, encaisse, et distribue le fruit sans entamer le capital. Vous en profitez de votre vivant, au rythme que vous choisissez, et non selon le calendrier d’une pension.
- Elle se donne en nue-propriété. Vous donnez les parts à vos enfants tout en gardant l’usufruit, donc les revenus. La valeur taxable est décotée selon votre âge (article 669 du CGI), elle est figée au jour de la donation, et tout ce que la société gagne ensuite grossit directement chez vos enfants. À votre décès, l’usufruit s’éteint sans aucun droit à payer (article 1133 du CGI).
- Elle se transmet avec l’entreprise. Un capital logé dans la société suit les parts, alors qu’un patrimoine sorti puis replacé à titre personnel devra être transmis une seconde fois, avec ses propres droits.
Et là, la comparaison avec la rémunération change complètement de nature. Car les cotisations achètent une pension, qui ne se transmet pas : au mieux une réversion pour le conjoint, rien pour des enfants majeurs. Le capital laissé dans la société, lui, se transmet intégralement. Deux dirigeants qui arbitrent le même euro ne poursuivent donc pas le même objectif, et l’un ne peut pas juger l’autre sur le net de l’année.
Et la nouvelle taxe sur les holdings ?
Un mot sur l’inquiétude du moment. La taxe sur les holdings patrimoniales créée par la loi de finances pour 2026 (article 235 ter C du CGI) vise une assiette étroite : les biens somptuaires et les logements dont on se réserve la jouissance. Les liquidités, les placements financiers et les titres de participation en sont exclus. Capitaliser une trésorerie placée n’y expose donc pas, même si les trois conditions d’entrée sont remplies.
Ce que le calcul ne montre pas
D’abord, cet argent n’est pas le vôtre tant qu’il est dans la société : il répond des dettes de l’entreprise, il complique la lecture des comptes, et il peut transformer une société d’exploitation en société à prépondérance financière, avec des conséquences sur les régimes de faveur à la transmission. Ensuite, la fiscalité de sortie bouge : le PFU a grimpé de 30 % à 31,4 % en 2026, et rien ne garantit le taux dans dix ans. Enfin, le vrai levier n’est pas de garder l’argent, mais de le loger au bon endroit : une holding, avec l’apport des titres sous le régime du report d’imposition de l’article 150-0 B ter, ou une cession de la société à terme, ouvrent d’autres portes.
Ce que je retiens
Il n’existe pas de bonne réponse universelle, et la bonne réponse mélange presque toujours les voies. D’abord, une rémunération suffisante pour valider les trimestres, financer la prévoyance et couvrir le train de vie ; des dividendes pour le surplus quand la tranche marginale monte ; et de la trésorerie gardée seulement si elle a un projet, un rendement et un horizon.
À retenir : le net de l’année reste le critère le plus visible et le moins important. Regardez plutôt ce que chaque euro sorti vous achète, en droits comme en liberté, et refaites le calcul chaque fois que le bénéfice change de palier. C’est d’ailleurs le genre d’arbitrage qui se fait à deux, avec votre expert-comptable pour la mécanique et un conseiller pour ce qu’elle finance.
Questions fréquentes
Gérant TNS ou président de SAS : lequel laisse le plus de net ?
Le gérant majoritaire TNS, à tous les niveaux de bénéfice. Par exemple, pour 100 000 € de bénéfice tout en rémunération, il garde environ 56 800 € contre 48 400 € pour un président de SAS, avec les barèmes 2026. En revanche, le président de SAS acquiert davantage de retraite complémentaire et une meilleure prévoyance.
Les dividendes sont-ils toujours moins taxés que la rémunération ?
Non, et la réponse dépend de la forme de la société. En SAS, les dividendes laissent plus de net que le salaire à tous les niveaux, 54 400 € contre 48 400 € pour 100 000 € de bénéfice ; en revanche, ils n’achètent aucun droit et exposent à la taxe PUMa. En SARL, c’est l’inverse : la part qui dépasse 10 % du capital supporte les cotisations TNS après l’impôt sur les sociétés, si bien que le tout-dividendes laisse 44 200 € là où la rémunération en laisse 56 800 €. Enfin, à partir de 100 000 € de bénéfice, le meilleur net vient d’un mix des deux, dans l’une comme dans l’autre.
Peut-on ne se verser que des dividendes ?
Oui, mais les conséquences diffèrent selon la forme. En SAS d’abord, le président non rémunéré ne valide aucun trimestre, n’a ni indemnités journalières ni prévoyance, et devient redevable de la cotisation subsidiaire maladie, dite taxe PUMa : 6,5 % sur la part de ses revenus du capital qui dépasse 24 030 €, soit environ 3 600 € pour 100 000 € de bénéfice tout en dividendes. En SARL ensuite, le gérant majoritaire reste redevable de cotisations minimales, environ 1 700 € par an en 2026, et la part de dividendes qui dépasse 10 % du capital est cotisée : elle valide donc des trimestres et ouvre des droits, et elle le dispense en principe de la taxe PUMa, mais elle coûte bien plus cher que la même somme versée en rémunération.
Laisser l’argent dans la société, est-ce une bonne idée ?
C’est un report d’imposition, pas une exonération, et l’avantage purement fiscal reste modeste tant qu’on retient un rendement de 5 % sur dix ans : 5 600 € en SAS pour 100 000 € de bénéfice ; en EURL, la trésorerie gardée perd même 12 700 € face à la rémunération placée à titre personnel, parce qu’elle paie l’impôt sur les sociétés avant de supporter, à la sortie, les mêmes cotisations et l’impôt sur le revenu. Mais l’écart grandit vite avec le rendement et la durée, jusqu’à 32 600 € à 8 % sur vingt ans.
Surtout, la vraie question n’est pas là. Une trésorerie capitalisée produit des revenus récurrents dont vous profitez de votre vivant, elle se donne en nue-propriété avec une valeur figée au jour de la donation, et elle se transmet aux enfants avec la société. Une pension de retraite, elle, ne se transmet pas : au mieux une réversion pour le conjoint, rien pour des enfants majeurs. En contrepartie, ce capital reste dans la société, exposé à ses créanciers et à la fiscalité future.
Et si ma société est à l’IR ?
Alors il n’y a rien à arbitrer. Dans une EURL qui n’a pas opté pour l’impôt sur les sociétés, son régime par défaut, tout le bénéfice est imposé chez le gérant, prélevé ou non, et cotisé en TNS. Pour 100 000 €, il garde environ 54 700 €, contre 56 800 € en EURL à l’IS tout en rémunération, car la déduction de 10 % des salaires ne s’applique pas aux bénéfices. En revanche, la trésorerie gardée lui est fermée, puisque le bénéfice est taxé même s’il reste en compte, tandis qu’un déficit s’impute sur les autres revenus du foyer.
La SAS à l’IR, elle, est une option de jeunesse : moins de cinq ans d’existence, cinq exercices au plus, article 239 bis AB du CGI. Elle sert à imputer les pertes de démarrage sur l’impôt des fondateurs, pas à arbitrer une rémunération durable.
Comment choisir le bon mix entre rémunération et dividendes ?
En partant des droits, pas du net : une rémunération qui valide les trimestres et finance la prévoyance, des dividendes pour le surplus lorsque la tranche marginale monte, et un nouveau calcul à chaque changement de palier de bénéfice, avec l’expert-comptable et le conseiller.
Vous vous versez la même chose depuis trois ans sans avoir refait le calcul ? C’est justement le genre d’arbitrage qui se règle en un rendez-vous, bilan en main.
Transparence sur ma position
Je n’ai d’abord aucun produit à vous vendre dans cet article, et aucune des quatre voies ne me rapporte davantage qu’une autre. En revanche, un arbitrage de rémunération débouche souvent sur des solutions que je peux distribuer, contrat de capitalisation, PER, assurance-vie, et je perçois alors une rémunération de l’assureur ou de la société de gestion si un client souscrit par mon intermédiaire. Je détaille cette rémunération, et le barème appliqué quand rien n’est placé avec le cabinet, sur la page des honoraires.
J’exerce comme conseiller en investissements financiers non indépendant au sens de l’article 325-5 du règlement général de l’AMF, ce qui signifie que je peux percevoir des rétrocessions, toujours annoncées avant toute souscription. Enfin, les calculs de cet article sont les miens ; ils ne remplacent ni la simulation de votre expert-comptable, ni l’analyse de votre situation.
Mentions légales et avertissements
Mentions légales et avertissements. Cet article est avant tout une analyse à vocation informative. Il ne constitue donc ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d’investissement, ni une consultation juridique, fiscale ou sociale. Finance Nomade exerce comme conseiller en investissements financiers non indépendant au sens de l’article 325-5 du règlement général de l’Autorité des marchés financiers, membre de la CNCEF Patrimoine, association agréée par l’AMF, et figure à l’ORIAS sous le numéro 26009844 (www.orias.fr). À ce titre, le cabinet peut percevoir des rétrocessions de commissions, dont il communique le principe et le montant avant toute souscription.
Avertissements
Avertissements. Les chiffres présentés sont d’abord des ordres de grandeur 2026, calculés pour un dirigeant célibataire sans autre revenu ni enfant, non cadre, hors convention collective, dans une société éligible au taux réduit d’impôt sur les sociétés. Ensuite, la décote, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, les régimes locaux et les dispositifs d’exonération ne sont pas modélisés. En outre, les barèmes sociaux et fiscaux changent chaque année ; les lois de finances et de financement de la Sécurité sociale pour 2027 peuvent modifier ceux de 2026. Enfin, votre expert-comptable doit valider tout arbitrage de rémunération au vu de vos comptes réels.
Sources
Sources. URSSAF, taux de cotisations 2026 des artisans, commerçants et professions libérales non réglementées et réforme de l’assiette sociale des indépendants ; URSSAF, taux de cotisations employeur et salarié 2026 ; Service-Public, impôt sur les sociétés : taux de 15 % jusqu’à 42 500 € puis 25 % ; Banque Populaire, mesures fiscales et sociales 2026 et Club Patrimoine pour la hausse des prélèvements sociaux sur les revenus du capital à 18,6 % (PFU à 31,4 %).
Textes. code de la Sécurité sociale, article L. 136-3, auquel renvoie l’article L. 131-6, pour les dividendes des travailleurs indépendants au-delà de 10 % du capital ; BOFiP BOI-RSA-GER-20 pour l’imposition des gérants majoritaires selon les règles des salaires ; article 239 bis AB du CGI pour l’option temporaire des SAS pour l’impôt sur le revenu ; Assurance maladie, indemnités journalières des artisans et commerçants et montants maximaux des indemnités journalières des salariés ; URSSAF, bénéficiaire de la protection universelle maladie, article L. 380-2 du code de la Sécurité sociale, pour la cotisation subsidiaire maladie.
Transmission et calculs. BOFiP, report d’imposition de l’article 150-0 B ter ; articles 669 et 1133 du CGI pour la donation en nue-propriété et l’extinction de l’usufruit ; article 235 ter C du CGI pour la taxe sur les holdings patrimoniales. Enfin, les calculs viennent du simulateur fiscal et social 2026 de Finance Nomade, avec un plafond annuel de la Sécurité sociale de 48 060 €.
Réclamation. Enfin, vous pouvez adresser toute réclamation au cabinet à contact@financenomade.fr. À défaut de solution, le médiateur compétent est MÉDIATION CONSOMMATION DÉVELOPPEMENT.
