Chiffres, taux et barèmes cités : ceux en vigueur au 1 septembre 2026, date de publication.
Sur le Livret A, les retraits ont dépassé les versements de 5,93 milliards d’euros au premier semestre 2026. C’est du jamais-vu sur un premier semestre depuis 2008, année où commence la série publiée par la Caisse des Dépôts. Six mois consécutifs se sont soldés par une décollecte, avant un rebond symbolique en juillet.
La presse y voit un signal d’alarme. C’est pour ma part une excellente nouvelle, et je vais vous expliquer pourquoi.
Ce que disent les chiffres
Le mouvement est net, et il est régulier. Voici le détail mois par mois de la collecte nette, en milliards d’euros.
- Janvier : -1,87
- Février : -0,74
- Mars : -0,49
- Avril : -1,28
- Mai : -0,63
- Juin : -0,92
- Juillet : +0,08
Il s’agit bien de collecte nette, c’est-à-dire des versements moins les retraits. Le LDDS, qui sert exactement le même taux, décollecte lui aussi. Il le fait toutefois deux fois moins vite en proportion de son encours : 960 millions d’euros sur le semestre, contre 5,93 milliards pour le Livret A. Or les deux livrets gagnaient encore de l’argent à la même période l’an dernier, environ 6 milliards à eux deux. Le mouvement n’est pourtant pas né en janvier : 2025 s’était déjà close sur une décollecte de 2,12 milliards pour le seul Livret A. Il s’est accéléré.
Juillet marque le premier mois positif de l’année, avec 80 millions d’euros de collecte nette. Ce n’est pourtant pas un retournement, car un mois de juillet rapporte 1,34 milliard en moyenne depuis dix ans. Ce sursaut doit tout à l’annonce, le 15 juillet, du relèvement du taux à 1,7 %, ainsi qu’aux remboursements d’impôt versés à partir du 24 juillet. Le LDDS, lui, reste en décollecte, à moins 30 millions.
Sources : Caisse des Dépôts et Consignations, communiqués mensuels de collecte, janvier à juillet 2026 ; Cercle de l’Épargne pour la moyenne décennale de juillet.
La cause immédiate : un taux amputé de plus de 40 % en deux ans
La raison tient d’abord en une ligne. Le taux du Livret A est passé de 3 % à 1,5 % en trois étapes : 2,4 % en février 2025, puis 1,7 % en août 2025 et 1,5 % le 1er février 2026, avant une remontée à 1,7 % le 1er août 2026.
En deux ans, la rémunération a donc perdu plus de 40 %, et les 0,2 point rendus au 1er août n’y changent pas grand-chose. Or l’inflation, elle, est repartie à la hausse. Et c’est cette seconde donnée, bien plus que le taux affiché, qui décide de ce que votre épargne vaut réellement.
Rappelons tout de même l’essentiel : le Livret A reste difficile à battre sur ce pour quoi il est fait. Capital garanti par l’État, disponibilité immédiate, aucune fiscalité. Il n’a simplement jamais été conçu pour faire fructifier un patrimoine.
Le taux affiché ne veut rien dire : regardez le rendement réel
Un taux d’épargne se lit toujours deux fois. Une première fois après impôt, une seconde fois après inflation. Le Livret A gagne le premier round haut la main, puisqu’il n’est ni imposé ni soumis aux prélèvements sociaux. En revanche, il perd le second.
Les prix à la consommation ont en effet augmenté de 2,4 % sur un an en août 2026, selon l’estimation provisoire de l’INSEE, après 2,1 % en juillet et 1,8 % en juin. L’énergie et les produits pétroliers expliquent l’essentiel de cette accélération. Or le Livret A sert 1,7 %. L’écart atteint donc 0,7 point, et il est négatif : chaque année passée sur ce livret, votre capital achète un peu moins de choses qu’au début.
Le comparatif, après impôt et après inflation
| Placement | Taux affiché | Après impôt | Après inflation |
|---|---|---|---|
| Livret A depuis août 2026 | 1,70 % | 1,70 % | -0,70 pt |
| Fonds en euros, moyenne 2025 contrat de plus de 8 ans | 2,63 % | 1,84 % 2,18 % | -0,56 pt -0,22 pt |
| Fonds en euros bonifié, exemple contrat de plus de 8 ans | 3,20 % | 2,24 % 2,65 % | -0,16 pt +0,25 pt |
| Super-livret, exemple : 4 % trois mois puis 0,80 % | 1,60 % | 1,10 % | -1,30 pt |
Le constat est donc sévère. Hors LEP, un seul placement garanti construit encore du pouvoir d’achat : un bon fonds en euros, dans un contrat de plus de huit ans. Le fonds en euros moyen limite la casse, le super-livret promotionnel décroche, et le Livret A se situe entre les deux.
Comment lire ce tableau
Trois précisions s’imposent. Les deux lignes marquées « exemple » sont des cas chiffrés, représentatifs d’offres courantes en 2025, et non les barèmes de contrats précis : seule la ligne « fonds en euros, moyenne 2025 » correspond à une donnée publiée, celle de l’ACPR. Le bonus de rendement, ensuite, est conditionné à une part minimale d’unités de compte : il est annoncé chaque année, il n’est jamais acquis pour l’année suivante, et sans lui le même fonds sert un taux proche de la moyenne de marché. Enfin, au-delà de l’abattement des contrats de plus de huit ans, l’impôt sur le revenu revient à 7,5 % pour les contrats dont les primes versées ne dépassent pas 150 000 €. Ces rendements sont passés et ne préjugent pas des performances futures.
Sources : INSEE, Informations rapides n° 194 du 14 août 2026 pour l’inflation de juillet, et estimation provisoire du 28 août 2026 pour celle d’août, dont les résultats définitifs seront publiés le 15 septembre ; ACPR, Analyses et synthèses n° 180 pour le rendement moyen 2025 des fonds en euros, net de frais de gestion et avant prélèvements sociaux.
L’exception : le LEP
Une exception mérite toutefois d’être citée, et elle est de taille. Le Livret d’épargne populaire a été maintenu à 2,5 % net au 1er août 2026, ce qui le place au-dessus de l’inflation. Il est certes plafonné à 10 000 € de versements et réservé aux foyers dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas un certain seuil, fixé à 23 028 € pour une part en métropole. Lorsqu’on y a droit, il est difficile de trouver mieux à ce niveau de risque : c’est en général la première enveloppe à remplir.
Après huit ans, le calcul change
Précisons par ailleurs que la colonne « après impôt » est la plus sévère possible pour l’assurance-vie. Sur un fonds en euros, les prélèvements sociaux sont retenus chaque année à la source, mais l’impôt sur le revenu n’est dû que sur la part de gains effectivement rachetée. Tant que vous ne rachetez pas, le contrat capitalise donc à 2,18 %. Et après huit ans, l’abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule, ou de 9 200 € pour un couple, ramène le plus souvent la note aux seuls prélèvements sociaux. Face aux 2,4 % d’août, hors LEP, seul un bon contrat protège encore le pouvoir d’achat.
Quatre années qui ont coûté cher
Ce décrochage n’a d’ailleurs rien de nouveau. Entre 2022 et 2025, les prix ont grimpé de 13,6 % cumulés, d’après les moyennes annuelles de l’INSEE : 5,2 %, puis 4,9 %, 2,0 % et enfin 0,9 %. Sur la même période, le Livret A a rapporté environ 9,8 %, compte tenu de ses taux successifs.
Le solde s’établit donc à 3,3 % de pouvoir d’achat perdus en quatre ans. Sur un livret rempli au plafond, soit 22 950 €, cela représente environ 770 € évaporés, intérêts compris. Il s’agit d’une estimation Finance Nomade, construite à partir des taux officiels appliqués mois par mois et des indices INSEE en moyenne annuelle.
Pourquoi le livret court toujours derrière
La formule de calcul suffit à l’expliquer, et elle est rétrospective. Depuis l’arrêté du 27 janvier 2021, le taux du Livret A vaut la moyenne entre l’inflation hors tabac et le taux court en euros, l’€STR, mesurés sur les six mois écoulés, avec un plancher à 0,5 %. Ce taux s’applique ensuite aux six mois qui suivent.
Le décalage saute alors aux yeux. Pour fixer le taux d’août, la Banque de France a retenu une inflation hors tabac de 1,52 % et un €STR de 1,95 % sur le premier semestre, soit une moyenne de 1,735 % arrondie à 1,7 %. Pendant ce temps, les prix montent de 2,4 %. Le livret rémunère donc l’inflation d’hier avec six mois de retard.
La formule joue certes dans les deux sens : appliquée telle quelle aux données du second semestre 2026, elle ramènerait le taux au-dessus de 2 % au 1er février 2027. Ce n’est qu’une projection. Le taux est arrêté par le ministre, qui peut s’écarter de la formule, et il vient de le faire pour le LEP, maintenu à 2,5 % quand le calcul donnait 2,20 %. Mais toujours après coup, et jamais au moment où vous en auriez besoin. Le prendre pour un placement de long terme relève donc simplement de l’erreur de casting.
Pourquoi cette décollecte est une bonne nouvelle
Voici le point qui m’intéresse vraiment, et il est presque culturel.
Pendant des décennies, l’épargne française a été anesthésiée. On remplissait son Livret A jusqu’au plafond, puis on laissait le surplus dormir sur le compte courant, sans jamais poser la question du rendement. La sécurité était le seul critère, et le coût de cette sécurité restait invisible.
Ce qui se passe aujourd’hui est donc un basculement. Pour la première fois à cette échelle, des millions d’épargnants comparent. Ils constatent qu’un simple fonds en euros d’assurance-vie, même sans aucun bonus de rendement, a servi 2,63 % en moyenne en 2025 selon l’ACPR. Sa garantie en capital est elle aussi contractuelle, mais elle est portée par l’assureur et non par l’État, et elle est couverte à hauteur de 70 000 € par personne et par compagnie par le fonds de garantie des assurances de personnes. Ce n’est pas la même sécurité, et il faut le savoir avant d’arbitrer.
Autrement dit, l’écart n’est pas spectaculaire, mais il est structurel. Sur 50 000 € laissés dix ans, un point de rendement supplémentaire représente plusieurs milliers d’euros. Que les Français commencent à le voir est, à mon sens, la meilleure nouvelle patrimoniale de l’année.
Où va cet argent
Les flux se dirigent vers quatre destinations. Seule la première est mesurée ; les trois autres sont un ordre de grandeur, faute de statistique publique qui suive l’argent d’un livret vers un autre placement.
- L’assurance-vie, avec 36,5 milliards d’euros de collecte nette au premier semestre 2026, un plus haut depuis 2006 selon France Assureurs. Attention toutefois : l’essentiel part en unités de compte, à hauteur de 27,5 milliards, contre 8,9 milliards seulement sur les fonds en euros. Le mouvement est donc plus offensif qu’on ne le dit, et les unités de compte comportent un risque de perte en capital.
- Les livrets bancaires non réglementés, qui affichent des taux bruts alléchants, souvent limités à quelques mois et fiscalisés.
- Les marchés actions, principalement via des ETF, avec un risque de perte en capital que le Livret A ne comportait pas.
- La consommation et l’immobilier, une part des retraits finançant simplement des projets différés.
Ces destinations n’ont évidemment pas le même profil de risque, et c’est là que le mouvement peut mal tourner.
Les quatre erreurs à ne pas commettre
Vider complètement son Livret A
Il reste le meilleur outil qui soit pour l’épargne de précaution, celle qui doit rester disponible en 24 heures. La règle habituelle consiste à y conserver l’équivalent de trois à six mois de dépenses. Ce n’est donc pas le Livret A qu’il faut abandonner, c’est le surplus qu’il faut réorienter.
Courir après un taux promotionnel
Un super-livret à 4 % pendant trois mois, fiscalisé à 31,4 %, puis retombant à 0,8 %, rapporte moins sur l’année qu’un bon fonds en euros. Le taux affiché n’est donc jamais le taux perçu. Je détaille cet arbitrage dans l’article consacré aux alternatives au Livret A.
Confondre rendement et risque
Passer du Livret A à un fonds en euros change peu de choses au niveau de risque. Passer du Livret A à un portefeuille d’actions, en revanche, change tout. Les deux mouvements sont légitimes, mais ils ne répondent pas au même besoin, et surtout pas au même horizon.
Le vrai critère n’est en effet pas le rendement affiché, mais la date à laquelle vous aurez besoin de cet argent. Une épargne dont vous avez besoin dans deux ans n’a rien à faire en actions, quel que soit le contexte de marché.
Ouvrir un Livret A pour ses enfants
C’est le réflexe le plus répandu, et c’est aussi le plus coûteux. À la naissance, on ouvre un Livret A au nom de l’enfant, on y verse 50 € par mois, puis on n’y touche plus pendant dix-huit ans. L’intention est excellente, le véhicule est mauvais.
L’horizon est en effet le plus long qui soit, alors que l’outil est le plus court qui soit. À 1,7 % de rendement pour 2 % d’inflation, chaque euro déposé perdrait environ 0,3 % de pouvoir d’achat par an, soit près de 5 % sur dix-huit ans. Ce calcul fige évidemment les deux taux, ce qui n’arrivera pas. Mais la formule, elle, garantit que le livret restera toujours un demi-pas derrière.
Un Livret A pour son enfant garde donc tout son sens, à condition d’être ramené à ce qu’il sait faire : l’argent de poche, le permis de conduire, un projet à deux ans. Pour le reste, une assurance-vie ouverte au nom de l’enfant prend date fiscalement dès le premier euro et laisse dix-huit ans pour absorber la volatilité des marchés. Une part d’unités de compte y comporte certes un risque de perte en capital, mais c’est précisément le seul cas de figure où la durée joue franchement en faveur de l’épargnant.
Deux points pratiques, avant de se lancer. La souscription au nom d’un mineur est un acte de disposition : elle suppose l’accord des deux parents lorsque l’administration légale est exercée en commun, en application de l’article 382-1 du code civil. Et à dix-huit ans, l’enfant devient seul maître du contrat.
Livret A : la méthode en trois gestes
La méthode tient en trois gestes, et elle prend une soirée.
Le premier consiste à chiffrer le matelas de précaution, en mois de dépenses réelles et non en pourcentage théorique. Le deuxième consiste à laisser ce montant sur le Livret A, qui reste parfait pour cela. Le troisième consiste à réorienter le surplus selon son horizon : fonds en euros pour ce dont on pourrait avoir besoin, enveloppes de long terme pour le reste. Ces enveloppes ont une durée de placement recommandée, généralement de huit ans au moins, et des frais qu’il faut regarder avant de signer.
Ce n’est ni sophistiqué ni risqué. C’est simplement le travail que personne n’avait besoin de faire quand le Livret A servait 3 %, et que tout le monde doit faire maintenant qu’il en sert à peine plus de la moitié.
Cet article présente des données publiques à sa date de publication. Il constitue une communication à caractère promotionnel et ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d’investissement, ni du démarchage. Finance Nomade est conseiller en investissements financiers non indépendant au sens de l’article 325-5 du règlement général de l’Autorité des marchés financiers, adhérent CNCEF Patrimoine, et courtier en assurance, immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 26009844. Les rendements des fonds en euros cités sont ceux de l’exercice 2025 : ils sont fixés chaque année par l’assureur et ne préjugent pas des performances futures. La fiscalité mentionnée est celle en vigueur au 1er septembre 2026 et elle est susceptible d’évoluer. Tout placement autre que les livrets réglementés comporte un risque de perte en capital et une liquidité qui n’est pas garantie en toutes circonstances.
